16-05-08
L/1 : On nous cache tout, on nous dit rien

- Bon Sim, c’te crasse ! C’est pas possible que de voir ça.
Si je repassais pas derrière elle, ça s’rait du prop’!

- Tiens, ça !
Elle date pas d’hier cette tache-là, vous m’direz pas… Rha, c’est incrusté !
J’vais pas réussir à la ravoir avec l’éponge… Me faudrait une brosse.

- Edith ! Vous n’auriez pas une brosse quelque part ?

- Ha-naaaan ! Elle remet ça ! (soupir) TOUTE la journée : Edith, je trouve pas les couteaux,
Edith où vous mettez les casseroles ? Edith ceci, Edith cela. Le temps que je perds, avec elle !
Si on me le payait en heures supplémentaires, ça arrangerait sacrément mon pouvoir d’achat.

- Bouge pas Edith, je m’en occupe.
- Si tu veux… moi j’en peux plus.
- Pour QUOI FAIRE ?! T’as besoin d’une brosse ?

- Kafèrre ??

- Gérard ! T’étais rentré, mon Gérard ?
Et on me disait rien ?!

- « On » avait sans doute mieux à faire, belle-maman.
Gérard, tu veux bien mettre Emma sur la chaise ? Eva me réclame son biberon.
Ca vient ma chérie, ça vient !

- Ca n’a pas répondu à ma question : Pour quoi faire, tu voulais une brosse ?
- Ben-nan, pour rien… pour passer le temps. Mais puisque t’es rentré maintenant.

- Ecoute maman, t’as bien dû remarquer qu’Edith avait pas mal de travail avec les petites.
Si tu pouvais l’aider un peu au lieu de…
- L’aider ?! Mais ch’fais qu’ça !

- Si tu venais plutôt t’asseoir avec moi sur le canapé au lieu de dire des sottises ?
Tu me raconterais ta journée. Tu me racontes jamais rien.
Pour une fois que je t’ai, mon Gérard !
- Y a pas grand-chose à raconter, tu sais. Faut que je travaille ma logique.
Y a de la promotion dans l’air au labo. Je dois me tenir prêt.

- Une promotion ? Ah-ben tu vois, que y avait de quoi dire !
Edith t’a pas félicité ?
- Faudrait déjà que je l’aie !
- Ah-mais, y a pas b’soin de ça. Tu vas l’avoir, c’est sûr. T’as toujours été chanceux…
sauf pour ton mariage peut-être. Mais puisque tu te trouves bien comme ça…
Y a pas à y revenir, pas vrai ?

- Oui-ben, sois gentille, n’y reviens pas !
- Gérard ! Mais qu’est ce que tu fais, Gérard ?
- Tu le vois bien. Je sors les poubelles.
- Meuh… tu les as déjà sorties hier soir !
- Hé-ben, je les ressors !

Grommelle :
- Voudrait pas rester avec moi, ferait pas mieux. Va encore en avoir pour une heure !
Seraient à Rome les poubelles, ça lui prendrait pas pu de temps.
Aaaattends qui revienne à la maison, tu vas voir !

- Rha, mais qu’est ce que t’as encore à râler ? Tu vois pas que tu nous saoules, là ?
- Ben c’est ton père… je le vois jamais et quand il est là, il s’en va.
- Ouais, ça se comprend…

- Comment ça se comprend ? Les enfants, ça doit veiller sur leurs parents.
Moi je pourrais bien être en train de crever, personne lèverait le petit doigt pour m’aider.
- A crever ? J’en doute.

- Me prends pas pour une imbécile, Angèle ! J’ai toute ma tête !
Je comprends très bien tes allusions. C’est pas parce qu’on est vieux qu’on est sénile.
- J’ai jamais dit le contraire. T’es même plutôt futée… dans ton genre.

- Enfin une bonne parole ! Heu… tu le penses vraiment ?
- Ben-oui, dans le genre « qu’est ce que je pourrais bien inventer
pour faire chier le monde ? », tu crains personne.

- Ca m’étonnait aussi … ça t’arrive jamais d’être un peu polie quelquefois ?
Et le respect des personnes âgées, qu’est ce que t’en fait ?
- Je m’assois dessus ! Si elles veulent être respectées, faut déjà qu’elles soient respectables !

Tu t’es pas arrangée parce que t’es partie plus tôt pour le marathon de la vie.
Les jeunes cons font des vieux cons. Y a pas de miracle !
Et comme t’as décidé de me gâcher ma lecture… regarde ton Derrick et fais pas chier.
Tu me saoules grave, là !

- C’est pas pasque t’es jeune que tu sais tout, Angèle !
D’abord Derrick, c’est pas à c’t’heure là. HA!
26-05-08
L/2 : Leçon de chant(age)

- Môman, tu sais pas ?…
Môman !! Qu’est ce que t’as fait à tes cheveux ?

- J’avais maigri alors, j’ai voulu me faire un nouveau look… Ca te plaît ?
- Ben… oui-mais, moi j’aimais mieux avant quand même.
Pourquoi tu les as coupés si courts ?

- Haaa ça, demande au coiffeur ! Quand il commence à jouer des ciseaux il sait plus s’arrêter.
J’avais demandé un carré long et tu vois : il m’a fait ça... Alors, ça te plaît pas ?
Je fais pas plus jeune, tu trouves ? Il m’avait pourtant assuré que je faisais plus jeune.

- Beuh, tu faisais déjà jeune avant !
- Oooh, comme c’est gentil ça, ma puce. T’en fais pas va, les cheveux ça repousse.
- ‘reuzement ! Moi j’aime mieux quand t’es belle, quand même !

- QUI a ENCORE touché à ma guitare ?! - Mais ! Mais… ?? - Au secours ! A l’aide ! Un blouson noir, un PUNK ! - Pff, tu parles d’un punk ! T’as pas les yeux en face des trous ? C’est Claude ! - Claude ? T’es sûre ? - A-t-on idée aussi de s’attiffer comme ça ? Core un peu, ch’rais morte de peur… - Beuh-nan, pourquoi ? - Détourner de quoi ?! De ta mort qui joue l’Arlésienne ? - C’est tout comme ! - Univers ? - Ouiiii ! T’as deviné ! - Mon petit doigt m’a dit que t’aimerais bien y aller, à l’université. - Normalement, je devrais pas te le dire. Elle voulait pas t’en parler. - Ben… tu lui diras pas que ch’t’ai dit ? Tu le jures ? Parce que tu la connais… - Non, c’est pas vrai, tu me fais marcher. - Fais pas cette tête, mon Claude, parce que moi, je vais t’aider. - Tu… tu veux dire que tu serais prête à me donner de quoi payer ma chambre ? - Faut quand même que je te dise… approche ! - Heu… sinon quoi ? Tu me prêtes pas l’argent ?
Venez viiiiite !!!
Ca valait bien la peine d’ameuter tout le quartier.
Ah-ben, moi ch’pouvais pas savoir.
et dis-toi bien que tu l’aurais regretté toute ta vie mon garçon…
- Rhooo, t’as mangé de l’oignon, mémé ?
- Pour rien. J’avais cru sentir...
- Ca serait pas que t’essayerais de détourner la conversation, des fois ?
Ca fait CENT ans que vas mourir, ça fait CENT ans que t’es toujours là !
Ce refrain, tu nous l’as déjà sorti cent... que dis-je cent, MILLE fois.
- N’exagère pas ! J’ai pas encore cent ans, quand même !
A force de t’entendre chanter sur tous les tons que t’es mourante,
c’est de notre faute si on a comme l’impression que tu fais du rab ?
- Ch’rais toi Claude, j’me parlerais pas comme tu fais ! Ch’prendrais des gants !
- Ah-ouais ? T’en prends avec nous, toi, des gants ?
Donne-moi une seule bonne raison pour que je le fasse et on verra.
- Ben quoi univers ? Tu nous pompes l’air avec tes devinettes.
- Universit… sit ?
- Université ??

Ben ça tient qu’à toi… et un peu à ta mère aussi.
- Attends… à ma mère, tu dis ? Je comprends pas. En quoi ça la concerne ?
Mais mon pauvre Claude… nan, j’ai pas le droit. Vaut mieux que tu saches pas.
- Que je sache pas quoi ? Accouche, merde ! T’en as trop dit ou pas assez.
elle m’en voudrait à mort. Déjà que ch’suis pas bien solide.
- Je lui dirai pas QUOI ?!!
- Ben… que t’iras pas. Ca coûte trop cher, soit-disant.
- Hélas non. C’est justement ça qu’elle voulait pas te dire.
Elle veut t’envoyer travailler… pour que tu lui donnes ta paye.
Tu te rends comptes ? Te sacrifier pour tes petites sœurs,
qu’on sait même pas ce qu’elles donneront à l’école plus tard.
- Pff, comment tu pourrais m’aider ?
- Financièrement ! J’vais t’en donner prêter donner prêter moi, de l’argent.
Qu’est ce que tu dis de ça ? Ch’suis pas une mémé formidable ?
- Heu… j’ai pas fini par prêter ? Attends... donner prêter donner prêter.
Oui c'est bien ça ! T’auras qu’à me rembourser plus tard, quand tu travailleras.
- Et je pourrais partir maintenant, tout de suite ?
- Quand tu voudras !
- Waouh, merci mémé ! C’est super ! Je vais pouvoir me barrer.
J’y mets une petite condition : Va falloir que tu m’aides.
- Tout ce que tu voudras, faut que j’fasse quoi ?
- Faut que tu m’aides à convaincre ta mère de venir habiter chez moi.
- Hé-non ! J’vois pas pourquoi ch’rais la seule à faire des sacrifices ici….
à vous entendre, tous autant que vous êtes, on dirait que vivre avec moi, c'est un cauchemar.
- Bon ben, autant dire que j’peux faire une croix sur mes études.
28-05-08
L/3 : Après l’heure… c’est plus l’heure

- Sept heures dix !

- Oui, pourquoi ?
- Nan, ce que j'en dis... On mangera… quand vous serez prêts.

- Sept heures et demie !

- T’as l’intention de jouer au carillon tous les quarts d’heure, maman ?
- Nan pourquoi ?
- Parce que tu l’as dit toi-même, ça sert à rien. On mangera quand on sera prêts !

- Ah-mais, j’disais pas ça, pour ça. Chais bien qu’on mange à pas d’heure, ici.
- Ah-nan ? Tu disais ça pourquoi, alors ?
- Je me disais… comme Edith a l'air occupée,
je pourrais peut-être mettre la table pour vous avancer ?

- Hein, Edith ? Je pourrais peut-être mettre la table ? Qu’est ce que vous en dites ?
Doit rester des spaghettis de c’midi. Comme ça, ce s’ra tout d’suite prêt !
- Si vous voulez… mais ça n’avancera pas à grand chose, Claude n’est pas rentré du travail.

- A quelle heure donc, qu’il rentre ?
- Oooh, pas avant huit heures !
- On est obligés de l’attendre ? On pourrait peut-être commencer…
- Oui-mais-non ! Nous avons certaines choses à régler et je tiens à ce qu’il soit là.

- Tsss, à huit heures ! C’est vraiment du n’importe quoi.
Aaattends un peu qu’on soye à la maison. Va y avoir du sacré changement !

- BON ! Quand vous serez prêts, vous avertirez !

- Huit heures cinq ! J’ai été patiente.
Z’aviez pas dit qu’il rentrait à huit heures, Claude ?
- Oui, enfin… laissez lui quand même le temps de prendre l’ascenseur.

- Aaah, le voilà ! A TAAAABLE !!! Edith, vous venez ? On passe à table.
Qu’est ce qu’elle fait ??
- Edith, tu viens ?

- Whoa, huit heures dix. C’est le réveillon ?

- Angèle, quand on voudra entendre tes réflexions, on te fera signe !
En attendant… ta mère fait ce qu’elle peut.
- Chais bien. Je disais pas ça pour elle.

- Alors, Claude ? T’as réfléchi à ce que ch’t’ai dit ? Tu vas m’aider ?
- T’aider à quoi, maman ?
- M’aider… m’aider. Puisque ch’peux pas compter sur toi, Gérard.

- Rappelle-moi la dernière fois que j’ai refusé de te rendre service ?
- C’est pas que t’as refusé, Gérard. C’est juste que t’es pas efficace !

- Tu veux parler de ton chantage pour l’université, mémé ?
- Claude ! Ch’t’avais demandé de pas en parler.
- Mince ! Excuse-moi. Je suis comme toi, je sais pas tenir ma langue.

- C’est quoi cette histoire de chantage ? Claude, tu peux m’expliquer ?
- Demande à mémé.

- Maman ??
- Meuh, il est pas question de chantage ! J’ui ai juste demandé un p’tit service,
moyennant quoi j’ui donne de quoi louer une chambre à l’université. Hein Claude ?

- Mais c’est formidable ! C’est inespéré mon garçon. Nous n’osions pas t’en parler.
On se doutait que tu serais déçu. Mais financièrement, on pouvait pas.
Surtout si on doit faire construire…

- Faire construire ? Mais quelle idée ! Puisque vous aurez la maison, Gérard.

- Tu me demandes pas quel petit service je devais lui rendre en échange ?
Ca t’intéresse pas plus que ça ? Ben, je vais quand même t’affranchir :
Je devais juste faire pression sur maman pour qu'elle accepte d'aller habiter chez elle.

- C’est vrai ça, maman ? Tu lui as demandé de faire du chantage à Edith ?
- Du chantage ! Tout de suite les grands mots !
J’ai pensé que si Claude lui demandait, elle l’écouterait peut-être, lui.
C’est quand même sa mère ! Faudrait avoir un cœur de pierre pour priver son fils
de faire les études qui lui plaisent. T’es pas de mon avis, Gérard ?

- Présenté comme ça, forcément…
Et toi, Edith ? T’en penses quoi ?
12-06-08
L/4 : A qui perd gagne

- Si tu me demandes mon avis, Gérard… moi je trouve qu’il faut
vraiment un cœur de pierre pour pousser son petit-fils à trahir sa mère.

Mais réjouissez-vous belle-maman, vous avez gagné : j’accepte.
C’était pas la peine de mêler Claude à tout ça. Ma décision était déjà prise.
Quelle mère ne ferait pas passer le bonheur de son fils avant le sien ?
A part… vous !

- Mais laissez-moi quand même vous dire, que je trouve vos combines discutables.
- T’appelles ça des combines discutables, toi ? Dégueulasses, tu veux dire !

- Angèle ! Qu’est ce que tu fais ?
- Je sors de table. J’ai plus faim !
- TU RESTES A TABLE !! Tu sortiras quand on te le dira.

- Permettez ? J’ai peut-être aussi mon mot à dire.
Pas question que tu te sacrifies pour moi, maman.
J’en mourrai pas de pas faire d’études.

- Chgroumpf ! M’enfin Claude ! Tu penches pas che que tu dis ?
L’U-NI-VER-CHI-TE, mon grand. Réfléchis !
- M’appelle pas mon grand. T’es pas ma mère ! Et comme je dis : j’en mourrai pas.

- Bien sûr , t’en mourrais pas, mon grand. Mais tu serais très malheureux.
Moi non plus, j’en mourrai pas de vivre là-bas.
Tâche de nous ramener un beau diplôme. Qu’au moins ça serve à quelque chose.
