26-03-08
K/1 : Et de deux !

- La v’là Gérard ! Ca y est, tu peux la faire souffler.
- Pas trop tôt ! Vous mettez pas les assiettes ?

- Non-mais ! C’est quoi ces manières ? Tu peux pas attendre cinq minutes ?
- Ca fait une demi-heure qu’on poireaute. J’ai la dalle, moi !
- Ben ça fait une demi-heure que tu devrais déjà être parti. Qu’est ce que t’attends ?
- Quoi ? Sans manger ?!
- Ouais, sans manger. T’étais pas invité, on est deux à te le dire. C’est pas les restos du cœur, ici !

- Et moi ? Je peux rester manger le gâteau, moi, tata ?

- Mais bien sûr, tu peux rester, ma puce. Tu sais bien que tu déranges jamais.
Et puis, t’étais invitée, non ?
- Oui c’est vrai. Même que c’est Lola qui m’a invitée. Hein, c’est vrai, Lola ?

- Quoi ? Le jeune homme reste pas avec nous ?
Il était pourtant charmant. Aimable, poli…

… et surtout très con. M’étonne pas que tu l’aies trouvé charmant.

- Je me demande comment je dois le prendre, ça.

- Mais… heu, belle-maman, vous ne prenez pas de gâteau ?
- Nan, sept heures, c’est plus l’heure du quatre-heure, c’est celle de la soupe !

- Comme vous voudrez, mais ça serait dommage de les laisser se perdre.
Ils nous ont coûté assez cher.
- Gérard ! Tu viens manger ? Qu’est ce que tu fais ?

- Tu prends du gâteau Gérard ou tu veux une soupe, comme ta mère ?
- Nan, le gâteau, ça me suffira.

- M’enfin Gérard ! Sept heures, c’est l’heure de la soupe !
Comme je dis toujours : avant l’heure, c’est pas l’heure, après l’heure…
- … c’est plus l’heure. Oui, belle-maman, on sait. Alors, Gérard ? Soupe ou gâteau ?

- Qu’est ce que tu cherches, Edith ? Je crois pourtant avoir été clair :
J’ai dit que je prendrai du gâteau.

- Du gâ… du gâteau !
Ben alors, dans ces conditions… va falloir mettre les choses au clair.
Chez moi les repas, ça sera midi-midi, sept heures-sept heures.
La collation, c’est à quatre heures. C’est la règle !

- Les règles, ça peut se changer, belle-maman.
Chez nous, c’est midi, vingt heures, voyez-vous.
Et le gâteau d’anniversaire, c’est quand les bougies sont soufflées.

- Midi-sept heures. C’est mon dernier mot Jean-P… heu, Edith.
Si vous voulez pas de mes règles, je pourrais pas vous recevoir à la maison.
Voyez ce qui vous reste à faire.

- Attends, mais attends maman ! Ca peut toujours se négocier.

- T’as entendu ta mère, Gérard ? C’est son dernier mot. Ce qui veut dire :
soit on fait ses quatre volontés, soit elle revient sur sa proposition.
01-04-08
K/2 : Le souvenirs, quand ça vous tient...
:
- J’ai bien retransmis votre pensée, belle-maman ? Arrêtez-moi si je me trompe.
Je comprends pas tout, quelquefois.
- Ca, je vous le fais pas dire ! Mais pour une fois… c’est tout à fait ça, ma fille.
* Va-z-y maman, Mets-lui bien les points sur les « I » au paternel.
Si avec ça, il comprend pas ce qui nous attend si on emménage chez elle… ».

- Donc, Gérard, tu lui dis ou je lui dis ?
- Quoi donc, chérie ?
- Mais que c’est de l’abus de pouvoir ! Qu’il n’est pas question de partir dans ces conditions.
Qu’on préfère rester maîtres de décider de l’heure de nos repas et de nos menus.
Que notre appartement n’est peut-être pas très grand, mais qu’au moins on y est libres.
Et que ce qu’elle nous propose, c’est intolérable.
- Hola ! Comme tu y vas, Edith.

- Ca demande quand même réflexion. C’est si important que ça de manger à 20 h plutôt qu’à 19 ? On est soumis à des contraintes horaires tous les jours, au travail. On les respecte, et tu sais pourquoi ? Parce qu’on est comme tout le monde, on a besoin d’argent pour vivre. Alors quand on nous demande de commencer à 15 heures plutôt qu’à 16, on y va. Et quand on nous demande de finir à 18 h plutôt qu’à 17, on le fait. C’est comme ça qu’on avance, Edith. Et si de manger à 19 h nous permet d’économiser un loyer, moi je dis que c’est pas négligeable.

- Exac-te-ment ! Réfléchissez un peu, Edith, pour une fois.
Moi, toutes ces discussions, ça me fatigue ! La nuit vous portera peut-être conseil.

* Il l’a branchée sur le porte-monnaie. Il connaît son point faible, la vache !
Allez maman, tiens bon, te laisse pas faire ! *

- Qu’est ce que tu fais là, toi à écouter les conversations des grands ?

- Allez, viens par là, la puce ! Claude va t’apprendre quelque chose.
C’est trop mignon, à cet âge-là. Ca plane au-dessus des problèmes.
Faudrait jamais que ça grandisse.

- Je te jure, ta mère… faut toujours qu’elle complique tout.
Je lui offre une belle maison, avec tout le confort moderne.
Quatre chambres, deux salles de bain, un grand jardin… même trop grand.
Enfin, trop grand pour moi toute seule. C’est de l’entretien.

- On s’est saignés aux quatre veines avec ton grand-père pour avoir ça. Faut pas croire.
Les heures qu’il a passées dans le potager pour faire bouillir la marmite….
Pas étonnant qu’il soit mort jeune. Soixante-dix ans… c’est bien trop jeune !
TU M’ECOUTES ANGELE ? OUI ?!
- Meuh-oui, je t’entends !

- Entendre et écouter, c’est pas pareil !
Répète un peu, ce que je viens de dire.

- Saignés aux quatre veines, blablabla, une grande maison, un grand jardin…
t’as oublié un chien débile, deux sacs à puces et le plus important : toi !
Ben tu vois, je comprends qu’elle hésite.

- Pff ! Je vois pas pourquoi je me donne du mal à essayer de discuter.
T’es comme ta mère. Aussi bornée. Aaah, je plains celui qui t’épousera !
L’a pas fini d’en voir, le pauvre !

- En tous cas, je peux te prédire une chose :
Il me fera pas chier avec sa mère. Il en a plus.

- Ah-nan, on dit des gosses… mais à côté des vieux, c’est rien.

Cling ! Cling !
- Hi hi hi !
Cling ! Cling !
- Qu’est ce que tu fais, Emma ? T’aimes la musique, toi ?
Attends, Lola va te montrer comment faire.

Cling ! Clong !
- Tu vois, si tu tapes là et là, ça fait de la plus jolie musique.
- Quelle heure qu’il… Ooooh ! Mais il fait noir ! Il est au moins neuf heures !
A quelle heure donc vous-vous couchez ?

Cling ! Clong !
- Hi hi hi !
Cling ! Clong !

- HO ! Ca va durer encore longtemps, le vacarme ?
Y a pas moyen de dormir ici !

- C’est la petite qui vous gêne, belle-maman ?
Attendez, je vais la mettre au lit.

- Viens, ma chérie, maman fait marcher au dodo. Tu veux bien marcher, mon trésor ?
- C’est ça que vous appelez « mettre au lit » ? Ah-ben, chuis pas d’là d’être couchée !

- C’est le lit à qui, ça ?
- Heu… c’est la chambre de Claude, pourquoi ?
- Bon-ben ce soir, ça sera MA chambre !

- Heu… t’avais pas dit que tu coucherais sur le canapé ?
- Je voudrais t’y voir ! Y a pas moyen de fermer l’œil.
Je te demanderais bien d’y aller à ma place, mais… dormir avec Edith, non merci !

- Remarque… je pense qu’elle y tient pas non plus. Pour ce qui est de Claude…
- T’as qu’à lui dire de me laisser sa chambre. C’est quand même à toi de décider !
C’est toi le chef de famille ici. Je me trompe ?
- Heu… non-non, bien sûr, c’est moi. Si je lui dis…
- A la bonne heure !

- Bon ! Ben alors… bonne nuit maman.
- Gérard. Mon petit Gérard, t’oublies rien ?
- Nan, je crois pas… qu’est ce que j’oublie ?

- Tu m’embrasses pas ?!
Voyons Gérard ! T’as oublié, quand je venais te dire bonsoir dans ta petite chambre ?
On s’embrasse pour se souhaiter bonne nuit.
Qu’est ce qu’on va être heureux tous les deux, comme quand t’étais encore tout petit, mon Gérard. Tu te souviens, Géraaaard ? (voix qui tremblote).

- Haaaa-oui, j’avais presque oublié pourquoi je suis parti de la maison.
- Mais pour aller à l’université, mon chéri. T’as quand même pas oublié ça ?
Dire qu’il a fallu que tu t’amouraches d’une rien du tout. T’aurais pas pu choisir une
étudiante en dernière année ? Comment elle s’appelait déjà, celle qui me plaisait ?
Ennnfin, (soupir à fendre l’âme) c’est la vie, mon Gérard ! Mais t’avoueras quand même…

- T’as bien fait de me parler de ça, tiens ! C’est fou ce qu’on oublie quelquefois.
- Pas moi ! Moi je garde tout, Gérard. Mes souvenirs, c’est tout ce qui me reste.
K/3 : La vie de feignasse, quelle belle vie !

- Les boules, hein maman ? Heureusement qu’on l’a que deux jours !
- Deux jours… j’en suis moins sûre que toi.

- Pourquoi ? Elle compte rester combien de temps ?
Mais viens donc t’asseoir, tu me fatigues à rester debout !
- C’est pas tant ça. Mais si on doit aller chez elle…
- Quoi ? C’est pas réglé ce truc là ?

- Ben… ton père a l’air toujours partant.
- Mais tu vas pas te laisser faire ? T’as bien vu, l’enfer que c’est.
- Oooh-oui, j’ai vu et c’est que le début. Quand on sera chez elle…
- Mais on sera PAS chez elle ! On va pas se laisser faire. On va se battre !

- On va se battre ! Tu peux me dire comment ? Qui c’est qui payera le loyer
si c’est pas ton père ?. Avec quel argent on vivrait sans celui de ton père ?
Faut réfléchir un peu Lola. Quatre enfants…
- Alors comme ça, c’est décidé ? On peut plus rien faire, on y va ?

- J’ai bien peur qu’on n’ait pas le choix.
- P’tain, on y va, je le crois pas.
- Tu sais Lola, ça me plaît pas plus qu’à toi. A moins que ton père ne change d’avis…
- Tu parles, qu’il va changer d’avis !
Ca joue les durs à la maison, mais devant sa mère, ça baisse son froc.

- En tous cas si on doit y aller, ça va pas se passer comme prévu.
- Qu’est ce que tu veux dire ? Si on doit y aller c’est tout vu, elle fera tout pour nous faire chier.

- Je t’en dirai pas plus Lola. Mais… j’ai mon plan.
- Allez, tu peux bien me le dire !
- Nan ! Ca c’est mon petit secret.

* Ah elle veut nous avoir chez elle !
Elle a pas fini de s’en mordre les doigts, la belle-doche. *

RRRrrr, ZZZzzz, RRRrrr, ZZZzzz

- Ah, elle est réveillée, la puce !

- Bonzour le petit cœur à maman. Ella a fait un gros dodo, mon Eva ?
Elle a pas fait pipi au lit ?

- Qui c’est qui va manger la bonne bouillie ? Miam ! Miam !
Attends, trésor, je te sers tout de suite, faut que j’aille lever Emma.

- Ah, je me doutais bien que tu tarderais pas à te réveiller, toi aussi.

- Chuuuttt ! Ne crie pas chérie, je m’occupe de toi.
Tu vas réveiller papa.

- Tiens, la voilà ta bonne bouillie. Tu vois ça n’a pas été long.
C’est bien mon cœur, t’as pas pleuré. T’es déjà une grande fille, toi.

- Miam-miam ?

- Mais-oui, ça vient, un peu de patience !
Prends modèle sur ta sœur, Emma.

- Oui-oui, miam-miam. Chacun son tour. T’es pas affamée à ce point là ?
Tu sais, maman fait ce qu’elle peut, mais n'oublie pas que vous êtes deux !

- Et quand je dis deux… nan-nan, je t’oublie pas, ma Souris.

- Et un petit coup d’éponge dans la gamelle…

- Ch'est pas pochible ! Tout le monde dort encore dans chette maichon.
Ch’est feignant et compagnie. Cha fait la grache matinée.

* Bon, les hamburgers le matin, c’est pas le rêve.
Mais au moins ça tient au corps.*

* Et puis si ça lui plaît pas, à la vieille, elle aura qu’à se faire cuire un œuf *.
03-04-08
K/4 : Allez Edith !

SPLASHHH !!
- Chi cha fait du bruit, tant pis ! Et chi cha les réfeille, tant mieux !
Ch’est l’heure de che lever, toute fachon. Allez, encore un petit coup !
SPLASHHH !!
Ah, que ch’oublie pas mon dentier !

- Voyons-voir, qui c’est qu’est mort…Tiens le père Jaquet !
Ca c’est pas de veine. 97 tu me diras… l’a fait son temps.
Mais quand même, j’aime pas rater les enterrements.
C’est pas les distractions qu’on a.
- Un coup d’éponge dans la gamelle…
Si j’le fais pas, personne le fera.

- Et Voilà ! Regardez-moi si c’est prop’ !
Doit pas la voir souvent, la couleur de l’éponge, cette gamelle.

- Bonjour belle-maman, déjà levée ?
C’est vous qui étiez aux toilettes, je parie ?

- Je vous ai réveillée, peut-être ?
- Meuh-nan, y a longtemps que je suis debout.
Vous croyez que le petit déjeuner s’est fait tout seul ?

- Ah parce que… ça c’est le petit déjeuner ?
- Oui, j’ai fait des hamburgers. Comme on a mangé léger hier soir…
- VOUS avez mangé léger. Moi j’ai mangé… normalement.
Une petite soupe, un petit fromage, un petit fruit, un petit dessert…
à mon âge, on se contente de rien, vous savez.

- Vous n’avez pas de cornflakes ?
- Nan, désolée, belle-maman. Pas de cornflakes. J’ai oublié d’en acheter.
- M’enfin… moi le matin, j’ai l'habitude de manger mou.

- Oooh, comme c’est bête !
Mais je me permets de vous rappeler que vous n’étiez pas attendue.
Vous nous avez fait la surprise, de débarquer avec votre brosse à dents,
belle-maman. Au fait, vous avez fait votre toilette ?

- Nan j’ai pas ‘core fait ma toilette. Ca risquait de faire du bruit.
Je voulais pas réveiller tout le monde.

- Et la chasse d’eau ? Ca fait pas de bruit, la chasse d’eau ?
La vérité, c’est que vous préférez attendre qu’il y ait la queue pour la salle de bain.
C’est comme quand vous allez faire vos courses dans les magasins aux heures de pointe.
Si ça gêne personne, c’est pas drôle !

- JE FAIS MES COURSES QUAND CA ME PLAÎT !!
Je vous trouve bien impertinente, Edith ! Vous-vous êtes levée du pied gauche ?
Pour ce qui est de la maison… je vous rappelle que c’est pas ‘core fait !

- C’est vous qui avez demandé que les choses soient claires, belle-maman.
Alors je vais vous affranchir. J’en veux pas de votre maison.
Même pour économiser le loyer, je trouve que c’est trop cher payé.
Depuis années, j’ai tout supporté : Vos réflexions, votre omniprésence dans la vie
de Gérard. J’ai essayé… j’ai fait tout ce que je pouvais. Vous ne m’avez jamais acceptée
.
- Mais… mais c’est pas vrai, Edith. Je vous aime bien.
Quand mon pauvre Blaise était ‘core de ce monde, combien de fois j’ui ai pas dit :
Elle est pas si mal, finalement. Gérard aurait pu tomber plus mal.

- Ah, ne mêlez pas le beau-père à vos histoires ! Lui, c’était quelqu’un de bien.
Jamais il ne m’a fait sentir que j’étais de trop dans votre famille.
Mais je vais vous avouer quelque chose. Je me fiche que vous m’aimiez ou pas,
parce que c’est Gérard que j’ai épousé, et pas vous.
Maintenant, il va devoir faire un choix. Ce sera vous ou moi !

- Mais… mais vous pouvez pas faire ça, Edith ! J’ai pu que lui.
- Il ne tenait qu’à vous de nous avoir aussi, nous : Les gosses et moi.

- Gérard sera pas d’accord. Ch’uis quand même sa mère !
- C’est ce qu’on verra. Je suis prête à courir le risque...
notre mariage bat de l’aile, de toute manière.

- Comment ça, votre mariage bat de l’aile ? Gé… il voit quelqu’un d’autre ?
- Même pas, figurez vous ! C’est moi.
- Vous avez quelqu’un d’autre, Edith ? Ca alors ! J’aurais jamais cru…

- Et vous n’aurez pas à le croire. Parce que j’ai personne d’autre, comme vous dites.
- Vous z’avez pas d’amant ?
- Nan, j’ai pas d’amant !
Entre les couches, les biberons, le ménage, la cuisine, la vaisselle, l’éducation des enfants.
Quand est ce que j’aurais du temps pour un amant, pouvez-vous me dire ?
- Mais alors ?? Je comprends plus rien, moi. Vous disiez que votre mariage…
- Parce que vous croyez que c’est suffisant d’être fidèle ? Y a mille raisons pour être fidèle,
le manque de temps, le manque d’occasions, le manque d’envie…
La fidélité… ça fait pas tout, la fidélité !
- Ben… quoi d’autre ?

- Rien !
- C’est bien ce que je pensais… vous dites VRAIMENT n’importe quoi !
23-04-08
K/5 : Ce que femme veut

- Je vois ce que c’est Edith ! Vous faites le baby-bouse. J’ai entendu parler de ça à la télé.
Paraît que ça arrive chez les jeunes mamans. C’est pas que vous êtes jeune-jeune,
m’enfin… chais pas si y a une limite d’âge.

- Ca doit être ça !
Bon, belle-maman, feriez mieux de vous dépêcher d’aller faire votre toilette,
les enfants vont avoir besoin de la salle de bain.

- Gérard, faut que je te parle.
- Maintenant-tout de suite ? J’ai pas le temps. Ca peut pas attendre à ce soir ?

- Nan, ça peut pas attendre, nan !
Quand c’est pour moi, t’as JAMAIS le temps ! Ca serait ta mère….

- Allons Edith, sois raisonnable ! Tu sais bien que je dois aller au travail.
- Sans prendre ton petit déjeuner ?
- J’ai pas le temps. J’ai vraiment pas le temps. Je suis déjà presque en retard.
Qu’est ce que t’avais de si urgent à me dire, hein ?

- C’est au sujet de l’emménagement. Tu sais Gérard, c’est pas possible.
Vivre avec elle, ça sera l’enfer.
- Tu ne m’apprends rien.

- Attends ! Répète un peu ce que tu viens de dire…
J’ai bien entendu ? Tu serais d’accord pour qu’on n’y aille pas ?

- J’ai pas dit ça ! Mais je reconnais que ce sera pas facile.
Elle a son caractère…

- Mais qu’est ce qui nous force à y aller ? On n’était pas si mal ici.
Et puis, avec tes promotions, on pourrait envisager de prendre plus grand.
Le temps de trouver… ça demanderait quoi ? Un mois ou deux.

- Qu’est ce qu’ils peuvent bien se raconter ? J’entends mal, c’est terrible.
C’est-y pas malheureux de pu avoir l’ouïe assez fine !

- J’y ai pensé, justement, Edith. Ca serait que l’affaire d’un mois ou deux.
Tu peux bien la supporter un mois ou deux.
Et puis t’en fais pas, si ça se trouve, c’est elle qui nous demandera de partir.

- Ce serait qu’un mois ou deux, tu me le jures ?
- Meuh-oui, j’ai pas besoin de jurer. J’y ai pensé, je t’ai dit.
Je me suis souvenu que chez elle c’était pas forcément l’idéal.

- Et… tu comptes lui annoncer quand ?
- Je… je compte pas lui annoncer du tout.
Sera toujours temps de lui en parler quand on sera là-bas.

- T’es pas en train de me faire marcher, j’espère !
C’est pas un truc que t’as trouvé pour que j’accepte de te suivre ?
- Ah-ben, ça va ! La confiance règne !

- Excuse-moi, Gérard. Mais je serais plus tranquille si tu lui disais maintenant.
- Je peux pas ! Je peux pas lui faire ça.
Elle se fait une telle joie de nous avoir avec les petites.

- De NOUS avoir, tu parles ! Elle les a seulement jamais portées les petites !
Y a que TOI, qu’elle veut ! Y a que TOI qui compte !
Je t’avertis Gérard : Si t’as pas le courage de lui dire, JE LUI DIRAI, MOI !
- Meuh-si, meuh-si, je lui dirai… le moment venu.

- Houla, ça chauffe ! Je sais pas ce qu’elle a l’intention de me dire,
mais je crois que je préfèrerais pas l’entendre.

- Je sais pas ce qu’elle a contre moi, Edith.
Je fais pourtant tout ce que je peux pour être aimable…
J’en fais ‘core pas assez, peut-être ?

- C’est bien entendu, Gérard ? Deux mois !
- Alors, c’est vrai ? Je pourrai lui dire que t’es d’accord ?
- Deux mois ! Pas un de plus ! Je compterai les jours.

* Ah les femmes ! Pour avoir la paix, qu’est ce qu’on ferait pas ?
Deux mois, trois mois… est-ce que c’est tellement important ? *
K/6 : Une pierre dans son jardin

- Moi je trouve que t’es drôlement beau habillé comme ça, Claude.
Ton père, il dit rien que tu te déguises en rocker pour aller à l’école ?
- Mon père, il m’a pas encore vu. Mais ce qu’il pourra dire ou rien…

- Ben moi un jour, j’ai voulu mettre ma panoplie de princesse pour l’école,
maman elle a jamais voulu ! Elle est belle pourtant ma robe de princesse.
La tenue de sirène non plus, elle veut pas. Même rien que le haut.

- Ca c’est parce que t’es encore petite. Quand tu seras grande,
tu t’habilleras comme tu voudras. C’est ça l’avantage d’être grand.
- C’est quand que je serai grande, Claude ?
- T’as le temps d’y penser, microbe !

- Edith ! J’ai fini ma toilette. La place est libre !

- Ediiiith ?! Z’êtes où, donc ?

- Où que c’est donc qu’elle est fourrée ?
Ediiiiith ! Ediiiiiith !

* Rhô, mais elle peut pas me lâcher, cinq minutes ?! *
- Je suis là, belle-maman ! Dans la chambre !

- Ah, j’ai quand même fini par vous trouver ! Z’entendiez donc pas que j’appelais ?
- Si mais… j’étais occupée avec la petite. Heu… vous me cherchiez pour quoi, au juste ?

- Pour rien !
Ah-si ! Je voulais vous dire : ça y est ! J’ai fini de faire ma toilette.
- Ah… Ben tant-mieux, tant-mieux ! Et… c’était tout ?
- Ben-oui. Je croyais que ça vous ferait plaisir de le savoir… Ca n’a pas l’air !

- Oh maissssi, maissssi ! J’attendais que ça !
Maintenant, si ça vous fait rien… je m’apprêtais à lever Eva…

- Heu… vous z’allez pas faire la vôtre ?
- La mienne ??
- Votre toilette ! Je croyais que vous attendiez la place ?

- Croyez que je vous ai attendue ? Y a longtemps qu’elle est faite, ma toilette !
- Ah-bon, moi je croyais… comme z’étiez pas ‘core habillée…
- QUAND j’aurais eu le temps de m’habiller ? J’arrête pas avec les petites !

- C’est vrai ça, ma pauvre Edith ! Ca vous donne du travail, tout ça !
- Moui… surtout que j’ai pas beaucoup d’aide.
Remarquez… j’aime autant. Comme ça, je devrai rien à personne !

- Ah-tiens ! Pendant que j’y pense… j’ai quelque chose pour vous, Edith.
- Quelque chose… POUR MOI ?!!! C’est quoi ???

- Ooooh, c’est pas grand chose : Un petit souvenir des îles.
- Oh alors ça, si je m’attendais… Qu’est ce que c'est ? Un palmier en plastique ?
- Nan !
- Un soutien-gorge en noix de coco ??
- Nan-nan !

- Alors, je vois pas… un bracelet en coquillages ?
- Nan-nan-nan ! Cherchez pas, vous trouverez pas ! C’est… une pierre !
- Une pierre ?? Vous voulez dire… nan, c’est de la folie… une pierre précieuse ?

- Nan, vous y êtes pas. C’est une pierre-pierre.
Mais c’est une pierre de là-bas.

* Elle se fiche de moi avec sa pierre ? *
- C’est… c’est inattendu, comme cadeau. C'est vrai, j’y aurais pas pensé.
Je me demande où je vais pouvoir la mettre.
* C'est tout vu. Dès qu'elle sera partie : direct poubelle ! *

- Mais dans le jardin, c’t’idée ! Dans MON jardin ! Quand vous serez à la maison.
- Ah-mais-oui ! Mais-oui ! Suis-je bête ! Dans VOTRE jardin !
Comment n’y avais-je pas pensé ?

- On est jamais trop sûr de faire plaisir avec les souvenirs.
Mais là, chuis contente. Ca a l’air de vous plaire, Edith.
- Mais comment donc ! Je-suis-ra-vie, vous pensez !
Une pierre pour votre jardin… faudrait déjà être difficile !
